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Les castrats

Suivant la définition du Robert, c'est un "individu qui a subit la castration". Il s'agit en fait d'un chanteur mâle dont on a dès l'enfance, c'est-à-dire avant la mue, ôté ou neutralisé par intervention chirurgicale la partie glandulaire de l'appareil génital dans le but de prévenir l'apparition de l'hormone mâle à l'origine de la puberté, et les transformations physiologiques qui en résultent. Ainsi l'allongement des cordes vocales d'environ 60%, qui fait baisser la voix des garçons, n'a-t-il pas lieu après la castration. Le larynx ne grandit pas; le cartilage thyroïdien ne durcit pas, tandis que la capacité thoracique, au contraire, croît amplement (parfois démesurément), de même que les résonateurs actionnés par la technique du chant. Cette disproportion entre l'organe et le résonateur permettait aux castrats de combiner puissance et agilité avec un naturel prodigieux. En 1909, deux anatomistes ont pu procéder en Italie à l'autopsie d'un castrat âgé de vingt-huit ans. Selon leur rapport, la pomme d'adam était imperceptible, le larynx minuscule et les cordes vocales, longues de 14 millimètres, équivalentes à celles d'une soprano colorature. D'après plusieurs examens et enquêtes, la corpulence des castrats observés entre le XVIIème et le XIXème siècle était supérieure à la moyenne, leur embonpoint manifeste, leur teint plutôt pâle, leur chevelure abondante. Une statistique publiée par J.S.Jenkins dans la revue médicale The Lancet en 1998 tend à prouver que leur espérance de vie était identique à celle des autres chanteurs.

L'origine des castrats coïncide avec l'arrivée des Arabes en Espagne. En effet, dans la culture Nord-africaine et du Moyen-orient les Harems étaient gardés par des eunuques. A la différence des Castrats, on opérait à l'ablation totale de leurs attributs sexuels mâles (penis et testicules). Certains eunuques, mutilés avant la puberté, s'exerçaient au chant, et fûrent remarqués par des ecclésiastiques de l'époque. Les femmes n'étant pas acceptées dans les choeurs et chorales des paroisses, les pupitres d'alto et soprano étaient chantés par des enfants ou des hommes, contre-ténors. La présence des castrats, à la voix d'une pureté jamais égalée et d'une agilité hors-norme, a rapidement intéressé les autorités religieuses. C'est alors que le "phénomène" se répandit rapidement dans toute l'Italie, partant du Vatican, puis dans toute l'Europe. L'existence même des castrats suscitait de vive controverses au sein du Vatican, car la castration de jeunes enfants restait un acte ignoble et officiellement condamnée par l'église. Mais la demande du public et des fidèles de l'église fût tel, que l'on mit en place des structures officielles pour former ces enfants : les "conservatoires".

Des parents n'hésitaient pas à faire mutiler leurs enfants pour subvenir à leurs besoins et offrir à leur progéniture une vie meilleur. On n'hésitait à trouver un prétexte médical pour opérer : chute de cheval, hernie inguinale ... Mais les suites de l'opération étaient souvent fatales. Les archives donnent entre 20% et 80% de décès, selon les praticiens. Parfois, la vie de ses enfants était confiée à de simple barbier de campagne, qui en avaient fait leur spécialité. Les enfants à la voix prometteuse était "castrés" vers l'age 10-12 an, avant la puberté. Plusieurs techniques étaient employées selon les régions et les moyens. Dans le meilleur des cas, les praticiens ligaturaient les canaux testiculaires en faisant une incision dans l'aine quand d'autres pratiquaient en ébouillantant les bourses et d'autres n'hésitaient pas à pratiquer une ablation totale des testicules. Autant dire que l'opération était un traumatisme inaltérable pour l'enfant. A l'époque, le seul moyen de soulager la douleur pendant l'opération était d'arrêter la circulation sanguine au niveau des carotides pour que l'enfant s'évanouisse et de le plonger dans un bains de glace !

Ces jeunes castrats, qui survivaient à l'opération, étaient confiés à un maître de chant. Ils étaient totalement pris en charge par le conservatoire. Les castrats bénéficiaient de bien plus de privilèges que les autres élèves musiciens, instrumentistes. On se souciait particulièrement de leur santé car l'investissement était lourd. Mais le travail était phénoménal : levés à 5h00 du matin et couchés à 22h00 le soir. Leurs journées étaient rythmées par les prières et les vocalises. Aujourd'hui certains spécialistes se demandent même si leurs capacités vocales et leur extraordinaire maîtrise du souffle n'étaient pas simplement dues au travail. On cite par exemple le cas de Porpora, maître de chant des plus grands castrats (Carestini entre autre) qui donnait une simple page de vocalises à répéter des heures durant dans la journée et ceci pendant des années. Malheureusement, tous n'atteignaient pas un niveau suffisant pour connaître la gloire et la fortune. Certains castrats pouvaient perdre leur voix tant appréciée, même parfois muer légèrement. Ils étaient alors "utilisés" comme alto dans des choeurs d'églises de campagne. Pour ceux qui la voix étaient à la hauteur des espoirs des maîtres de chant, la fortune était assurée. Ils se produisaient dans les théâtres dans toute l'urope. Ils étaient prisés par la royauté d'Espagne, de France et d'Angleterre. Les compositeurs leurs proposaient des rôles héroïques dans les opéras. Ils étaient adulés comme des "rock-stars". Ils avait un succès certains auprès des femmes. Les castrats ne pouvaient pas se reproduire mais avaient une vie sexuelle tout à fait normale. Il n'y avait donc aucun risque pour ses femmes adultères !

Les castrats ont régné pendant 2 siècles dans le monde lyrique avant de disparaître définitivement au IXème siècle avec l'avènement des droits de l'homme (le dernier castrat mourut au début du XXème). Pendant cette période, ils ont éclipsés ces hommes qui chantaient en voix de fausset : appelés aujourd'hui contre-ténors. Certains d'entre-deux, d'ailleurs, se faisaient passer pour des castrats afin d'obtenir une place dans un choeur ou un petit rôle à l'opéra. Même si certains avaient une capacité vocale extraordinaire, ils ne pouvaient rivaliser avec les castrats. Et aujourd'hui, il ne reste que les écrits pour attester de l'agilité, du souffle, de l'étendue vocale extraordinaire dont étaient dotés les castrats.